Histoire

Le siècle des Accros

« Comprenez-moi bien : je suis patriote, je ne refuse pas de faire la guerre. Je demande seulement à porter un uniforme en bouclette éponge blanche. C'est mon unique exigence. »
Déposition d'Antonin Termaud, minutes de la séance de cour martiale du 16 no

Ce n'est donc qu'au XXe siècle que l'on va voir apparaître la véritable addiction au peignoir et ses premiers développements. Son apparition est incontestablement, comme on l'a vu , la conséquence directe de la fièvre thermale qui a enflammé la deuxième moitié du XIXe siècle.

Son développement, plus tardif, coïncide avec un phénomène qui l'explique indubitablement : la massification de la pratique du thermalisme, consécutif à la création des cures remboursées par la Sécurité sociale. Ceci explique que le phénomène soit né précisément en France, seul pays qui pratique ce remboursement et a donc vu se développer à grande échelle la pratique du thermalisme.

Dans ce contexte favorable, les phénomènes d'addiction au peignoir, jusqu'ici restés endémiques, sporadiques, voire saisonniers, ne pouvaient que marquer une avancée exponentielle. C'est précisément ce qui s'est passé.

Il fallait aussi, pour que cette explosion prenne une telle ampleur, un terreau particulièrement fécond. C'est pourquoi il a éclos sur une terre volcanique, donc dans le Massif central.

Le XXe siècle est assurément le siècle où pour la première fois, on peut réellement parler, à proprement parler, d'Accros du Peignoir. Rappelons qu'il y a addiction au peignoir uniquement dans le cas où le sujet porte quotidiennement et exclusivement le peignoir, quels que soient le contexte et la circonstance, et ce de façon permanente (un diagnostic d'addiction sera confirmé à partir de six mois minimum de port du peignoir en continu).
Et si le XXe siècle a été celui de l'apparition du phénomène, le XXIe siècle s'annonce également capital dans notre histoire, car il s'avère d'ores et déjà qu'il sera celui de son expansion, voire de sa généralisation planétaire. Pour plus d'informations sur cette expansion et sur les symptômes liés à l'addiction, voire notre rubrique sur l'addictologie du peignoir .

Mais il importe, pour mieux comprendre où nous en sommes, de bien connaître les étapes qui ont conduit à la situation actuelle.
Voici les plus significatifs :

> Isaac-Edmond Robbe de Chembre, le tout premier converti au port permanent et définitif du peignoir. Diagnostiqué en 1905, au retour de son dix-huitième séjour à Saint-Honoré-les-Bains où il avait l'habitude de prendre les eaux chaque été. Il ne portera plus aucun autre vêtement jusqu'à son décès paisible en 1924, entouré de ses disciples, à Saint-Laurent-les-Bains où il avait choisi de se retirer.

> Durant la Grande Guerre, on recense quelques cas de réfractaires refusant de porter l'uniforme sous prétexte qu'ils ne peuvent se départir de leur peignoir. L'Administration des Armées, après quelques essais peu concluants de fabrication d'uniformes en bouclette éponge, va finir par réformer ces quelques individus ? ils n'ont jamais dépassé la quinzaine ? pour raison mentale, tout en gardant l'affaire secrète afin de ne pas encourager cette nouvelle forme d'objection.

> Des signalements de cas isolés, de plus en plus nombreux, apparaissent dès 1948 parmi les tout premiers « curistes sécurité sociale », chez des sujets hypersensibles au bien-être. Les études montrent que les premiers touchés avaient particulièrement souffert des restrictions et violences de la guerre.
Les premiers cas sont enregistrés à la suite de séjours au Mont-Dore, à Néris-les-Bains et à Bourbon-L'Archambault. L'année suivante, Montrond-les-Bains, Bourbon-Lancy, Châtel-Guyon et La Bourboule sont touchées à leur tour. Dès 1950, l'ensemble des stations du Massif génèrent quelques cas, toujours épars. Mais suffisamment significatifs pour qu'ils fassent l'objet d'une première étude menée par un groupe de médecins-chercheurs liés au thermalisme.

> Première apparition de la forme collective d'addiction au peignoir : la confrérie des Grands Peignoirs Blancs naît dans les années 1970 à Bourbon-L'Archambault. Pour la première fois dans l'Histoire, des Accros du Peignoir se rencontrent, se reconnaissent, commencent à échanger sur ce qui leur arrive et développent une forme revendicative d'une certaine fierté de l'addiction, qui se traduit notamment par des processions et des intronisations publiques.
Cette confrérie peut être considérée comme une préfiguration, à l'échelle d'une cité thermale, de notre fédération. C'est pourquoi nous ne manquons jamais de lui rendre hommage à chaque fois que nous en avons l'occasion.

> Vers la fin du XXe siècle, alors que les stations thermales commencent à développer leur offre de séjours bien-être, les cas commencent à se multiplier. L'année 1997 voit apparaître le tout premier cas avéré d'addiction contractée hors du Massif central, dans la station pyrénéenne de Cauterets. Mais les investigations ont prouvé que ce nouveau converti avait longtemps fréquenté Cransac, mais venait de change ses habitudes, ayant déménagé de Rodez à Tarbes. Ainsi s'ouvrait l'ère de la mondialisation du phénomène. Nous vous la racontons ici .